Comment apprivoiser sa colère ? (1/2) Découvrir cette émotion

La colère est une émotion qui contient une très forte énergie.

Les émotions, contrairement à ce qu’on peut penser de prime abord, sont d’abord corporelles. Dans le cadre de la colère, c’est un flux d’énergie et de force qui est déclenché dans le système nerveux et dans les muscles pour pouvoir se défendre et être en possession de toute sa force. Elle sert à défendre son territoire, sa vie, ses intérêts vitaux, faire fuir l’agresseur… Elle sert à poser des limites pour se faire respecter, à s’assurer que justice soit faite… C’est un réflexe vital, pour protéger la vie, sa vie.

L’énergie que l’on peut ressentir dans notre corps quand l’émotion arrive peut être très grande et on ne sait souvent pas quoi en faire. Certains explosent, d’autres la contiennent et ruminent…

Gérer la colère sainement, ça s’apprend !

Habituellement, on ne nous a pas appris à la gérer et ça part dans tous les sens, par des mots blessants, insultes, accusations, cris, gestes violents, coups, destruction d’objets…

Il est très important d’apprendre aux enfants à pouvoir ressentir et exprimer leur colère dans un cadre sécurisé à la fois pour eux-mêmes et pour les autres : c’est-à-dire ni leur interdire d’être en colère ni leur permettre de faire et dire n’importe quoi sous l’effet de la colère.
Il est très important de leur apprendre également à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, leur permettre d’identifier ce qu’il se passe : cette montée de chaleur, cette force dans les poings, cette envie de décharger… Cela leur permet de comprendre ce qui leur arrive et de mieux s’autogérer, de faire le lien avec leurs besoins, et de s’exprimer de manière compréhensible à l’autre sans hurler ou générer de violence.

La colère et la violence

Nous avons probablement tous à déconstruire la croyance que la colère est synonyme de violence. En effet, la colère peut ne pas être suivie de mots ni de gestes violents.

La colère est une émotion saine et utile, tout dépend de ce qu’on en fait.

Voici quelques terreaux propices à une colère violente :

  • quand la colère est interdite d’expression ou mal vue dans le cadre familial. Ainsi on est une véritable cocotte-minute : on s’est réprimé et/ou fait réprimer beaucoup l’émotion de colère, on boue littéralement à l’intérieur, et des gouttes peuvent à n’importe quel moment faire déborder notre vase ;
  • quand on est très fatigué, tendu et stressé et qu’on a accumulé beaucoup d’émotions ;
  • quand on ne se sent pas entendu et que la tension monte, ainsi on hausse le ton et devient plus virulent dans l’espoir que l’autre nous entende mieux ;
  • quand on cherche à contrôler et que cela ne se passe pas comme on veut ;
  • quand on porte certaines croyances, comme :
    • « les autres risquent de me marcher dessus, de me mépriser, de m’écraser, de me manquer de respect et il faut que je me défende par tous les moyens pour que jamais ça ne se passe ainsi » ;
    • « la vie est pleine d’injustice et je suis gardien de rétablir la justice coûte que coûte » ;
    • « les autres sont des salauds, des égoïstes qui ne pensent qu’à eux, alors je ne penserais qu’à moi et je me fiche des conséquences » ;
    • « l’autre est responsable de ma souffrance et je vais lui faire payer. Je vais le faire culpabiliser pour me venger » ;
    • « je suis piégé, au pied du mur, et ma seule solution est d’attaquer » ;

La dissociation et la peur d’être submergé

La plupart des êtres humains sont dissociés de leur corps, c’est-à-dire qu’ils ne ressentent pas dans leur corps comment se manifeste leur émotion, et souvent ont peur de ressentir pleinement l’émotion, peur de se sentir submergé, voire même peur de mourir aussi.

C’était très souvent le cas pour moi de me faire submerger et de croire que j’allais exploser si j’acceptais de ressentir en moi la colère. Alors une part de moi fuyait et créait une super stratégie pour que je me détourne de l’émotion. C’est qu’on appelle les parts Pompiers en IFS (la thérapie des Systèmes Familiaux Intérieurs à laquelle je me suis formée) . Elles sont très puissantes et très utiles pour éviter de ressentir trop de souffrance. Cela peut être une envie de manger, de boire, faire des blagues, vouloir appeler quelqu’un, ou faire quelque chose qui devient urgent… Au fur et à mesure de la thérapie que j’ai faite en IFS, j’ai pu accueillir plus d’émotions difficiles à ressentir et je me suis reconnectée avec mon corps. Je suis donc moins dissociée et plus en lien avec moi-même, mon corps, mes émotions. Je redeviens Un petit à petit et je peux accueillir beaucoup plus facilement ce qu’il se passe en moi, sans me sentir submergée ! Victoire !

Les conséquences de bloquer les émotions

Le vrai problème de couper les émotions d’un enfant (et de quiconque, y compris de soi-même), c’est qu’il ressent les choses mais ne sait pas quoi en faire donc il les bloque. Elles ne s’en vont pas par la suite, elles restent dans son corps, comme des bulles d’énergie non libérées. Et il vit ensuite avec toutes ces tensions non libérées dans son corps, à devoir mettre de l’énergie pour continuer de les faire taire. Il peut aussi avoir des comportements inadaptés dans certaines situations comme un moyen détourné de les exprimer, et ce de manière inconsciente.

La thérapie permet de donner un cadre sécure pour que la personne puisse accueillir ces émotions là, qui sont restées bloquées en lui depuis cet âge là. Ce n’est pas l’histoire de revivre les scènes du passé mais de libérer ce qui est resté prisonnier et qui n’a pas pu s’exprimer ni s’évacuer.

Si chaque parent ou éducateur pouvait apprendre comment gérer ses émotions et ensuite le transmettre aux enfants, les enfants qui deviendront ensuite ados puis adultes et peut-être parents n’auront pas ou immensément moins de tensions bloquées dans leur corps et leur psyché. Cela leur éviterait un certain nombre de problème personnel, relationnel, psychologique, émotionnel, sexuel, et de santé ; car tout ce qui reste bloqué dans le corps et n’est pas exprimé, s’imprime et crée des troubles et des maladies.
C’est donc vraiment un investissement indispensable que chaque adulte est appelé à faire, afin de se donner un vrai cadeau à lui-même et aux générations futures.

Nous pouvons mettre fin à ces dérèglements émotionnels et devenir des humains matures émotionnellement !

C’est personnellement ce qui me donne beaucoup d’espoir et de motivation !

Trois informations importantes

1. L’émotion est passagère. L’émotion ne dure pas, elle est éphémère, elle traverse le corps. Elle se passe au niveau physique.
Si cela dure, cela devient un sentiment, c’est-à-dire une émotion qui est restée bloquée et qui a besoin d’être accueillie avec bienveillance et d’être libérée.
Les sentiments proviennent alors plus du mental et cela peut tourner en boucle dans la tête. La colère devient alors ressentiment/rancune/agressivité, la tristesse devient désolation/dépression, la peur devient anxiété/angoisse…

2. Rentrer dans le schéma Victime-Bourreau est un cercle vicieux et emprisonne.
Quand on ressent de la colère, on a pour habitude collective de désigner un bourreau, un ennemi, la cause de nos soucis.
Le problème avec le fait de se sentir victime, c’est qu’on perd notre pouvoir personnel. On ressent de l’impuissance, ce qui ne fait qu’empirer le sentiment de colère et d’injustice.

On peut être victime d’une situation ou d’une personne et c’est important de le reconnaitre et d’accueillir la souffrance qui en découle – c’est une première grande étape de guérison.
La deuxième grande étape dans la guérison est la reprise de son pouvoir personnel, apprendre à affronter et à ressentir en soi sa puissance intérieure qui permet de se relever (non de rester soumis), de se défendre (non d’attaquer) et de créer (non de détruire).

3. L’émotion de la colère est une émotion secondaire pour certains auteurs notamment le Dr Thomas Gordon, c’est-à-dire qu’en tout premier lieu, on va ressentir une première émotion avant de ressentir la colère. Il donne cette exemple :

« Je conduis ma voiture sur la grande route : tout à coup, un autre conducteur me coupe la route en voulant me doubler et il me frôle dangereusement. Ma première réaction est la PEUR : son comportement m’a fait PEUR. En conséquence de la frousse qu’il m’a causée, quelques secondes plus tard, je klaxonne et “j’agis comme une personne en colère”; je vais même jusqu’à lui crier : “Imbécile, va donc apprendre à conduire !” […]. La raison de mon comportement colérique est de punir l’autre conducteur ou de l’amener à se sentir coupable de m’avoir fait peur, afin qu’il ne recommence plus. »

La première émotion ressentie est la peur mais elle est vite remplacée par la colère. La colère arrive en deuxième et masque la première émotion, c’est ce que Thomas Gordon appelle l’iceberg de la colère. Toute la difficulté consiste alors à :

  • identifier cette première émotion, qui peut être une émotion de peur, de tristesse, de frustration, de déception, de découragement… Cela peut demander de l’introspection pour pouvoir identifier cette première émotion.
  • l’exprimer sans chercher à culpabiliser l’autre ou à lui faire la morale. C’est le Message-Je d’affirmation.

J’espère que vous avez pu être enrichi par ces apports sur la colère et que cela vous a apporté des pistes de réflexion !
Pour faciliter la lecture de ce long article (il y a tellement de choses à dire sur ce thème que je trouve passionnant !), je l’ai posté en 2 parties !
Vous retrouvez la suite la semaine prochaine !

A bientôt,

Laure


Vous souhaitez partager cet article ?

Vous pouvez partager cet article à condition de le respecter en intégralité et d’en publier la source : consciencejoyeuse.com.

Un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s